La statistique a souvent le dernier mot. En 2024, l’Égypte, l’Iran, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont officiellement intégré le groupe, portant le collectif à dix membres. L’expansion, initialement limitée à cinq pays, a déjoué les prévisions de nombreux observateurs. Plusieurs États, parfois alliés historiques d’autres blocs, ont déposé leur candidature ou manifesté leur intérêt pour une adhésion prochaine.
Pour certains gouvernements, ce rapprochement représente un levier d’influence sur l’échiquier mondial. D’autres y voient un moyen de s’affranchir des circuits dominés par l’Occident. Les règles d’adhésion, rarement dévoilées, varient selon les priorités mouvantes du groupe.
Les BRICS : origines, ambitions et enjeux actuels
Le groupe BRICS naît en 2006, d’une entente entre Brésil, Russie, Inde et Chine. Dès 2010, l’Afrique du Sud embarque à son tour, donnant à cette coalition sa stature mondiale. Dès l’origine, les objectifs sont clairs : bousculer un système international ajusté sur les modèles occidentaux, tout en proposant un contrepoids au FMI et à la Banque mondiale.
La parole s’accompagne vite d’actes : une nouvelle banque de développement, justement baptisée NDB, voit le jour, et des projets d’infrastructures prennent corps. On sent poindre une aspiration profonde à rompre avec la domination du dollar dans les échanges. Double trajectoire donc : défendre d’abord les intérêts des économies émergentes, puis façonner un ordre international moins linéaire. Avec à la clé près de 42 % de la population mondiale et un quart du PIB mondial, ce groupe ne pèse pas qu’en théorie dans les rapports de force mondiaux.
Leur secret ? La diversité. Derrière la façade d’unité, leurs intérêts divergent. Pourtant, lors des sommets, Chine, Russie, Inde, Brésil, Afrique du Sud parlent d’une même voix. L’irrésistible montée de l’Afrique, la fermeté affichée par Pékin face à Washington, les priorités russo-indiennes : autant d’histoires entremêlées qui donnent au collectif des allures de laboratoire géopolitique, bien loin des caricatures d’un simple club anti-occidental.
Pourquoi de nouveaux pays souhaitent-ils rejoindre le groupe en 2025 ?
L’élargissement du cercle des BRICS s’affirme comme la dynamique du moment : plusieurs nations, du Moyen-Orient à l’Afrique, veulent s’affranchir des rouages habituels des institutions financières internationales et peser sur un nouvel ordre international. Le contexte ? Un monde fracturé par la guerre en Ukraine, des alliances en pleine recomposition, des rapports figés remis en cause. Intégrer les BRICS, c’est espérer redessiner le jeu et multiplier les marges de négociation.
Des pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie ou encore les Émirats arabes unis, désormais membres, sont venus avec une ambition : rejoindre un espace mouvant, hors des grands circuits orchestrés par les États-Unis, échapper à la discipline communautaire européenne, saisir une occasion de rebattre les cartes. Pour l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, la démarche se veut limpide : garder leur position de carrefour énergétique, et diversifier leur réseau d’alliances alors que l’équilibre mondial vacille.
En Afrique, l’Éthiopie mise sur son poids démographique et son rôle de trait d’union entre le continent et les autres économies d’avenir. L’Égypte, elle, cherche à amoindrir sa dépendance financière, tout en s’ancrant dans de nouveaux partenariats. À travers cette ouverture, le groupe BRICS cherche à renforcer son poids sur l’échiquier économique, en fédérant de nouveaux piliers et en réinventant la distribution du pouvoir international.
Panorama des candidats à l’adhésion : forces en présence et motivations
L’attrait du collectif ne se dément pas. Plusieurs candidats se démarquent par la fermeté de leurs ambitions et des stratégies qui n’ont rien d’uniforme.
Voici les profils marquants parmi les prétendants :
- Arabie saoudite : géant de l’énergie, ce pays ambitionne de franchir le cadre de ses alliances traditionnelles pour ouvrir d’autres voies d’influence à la croisée de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.
- Émirats arabes unis : pôle financier d’ampleur, leur objectif est d’intensifier leur rôle de passerelle entre le Golfe et les marchés émergents, en affirmant une diplomatie volontariste et globale.
- Iran : Téhéran, sous le coup de sanctions répétées, cherche à rompre son isolement et valorise ses liens croissants avec la Chine et la Russie.
- Égypte : pivot entre l’Afrique et le Moyen-Orient, elle souhaite gagner en autonomie et nouer de nouveaux partenariats économiques.
- Éthiopie : avec une population en hausse et une ambition régionale forte, elle vise une intégration économique accrue et de nouvelles perspectives de croissance.
Ce qui rassemble ces États ? L’idée de participer à la redéfinition de la gouvernance mondiale et d’accéder à la nouvelle banque de développement des BRICS. À l’heure où le monde connaît une redistribution majeure des influences, ces membres entendent faire entendre des voix plus diverses face aux grandes institutions, longtemps restées sans contrepouvoir réel.
Que pourraient changer ces élargissements pour l’équilibre économique et politique mondial ?
L’arrivée de nouveaux États au sein du groupe BRICS aurait le pouvoir de refaçonner une partie du paysage mondial. Dès lors que des poids lourds comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou l’Égypte rejoignent le bloc, l’équilibre interne change. Le centre de gravité, jusqu’ici dominé par la Chine, la Russie et l’Inde, se déplace. L’apport démographique et la force économique de ces membres agrandiraient le cercle à plus de 45 % de la population mondiale, et leur participation au PIB mondial dépasserait bientôt celle du G7.
Ce renforcement pourrait donner une tout autre visibilité à la nouvelle banque de développement BRICS, qui pèserait plus lourd face aux institutions pilotées depuis Washington ou Bruxelles. Les États membres cherchent à sortir du tout-dollar, à proposer d’autres règles du jeu et à soutenir des financements alternatifs au FMI, en favorisant l’usage de monnaies nationales dans les échanges.
Côté géopolitique, cet élargissement ne ferait qu’attiser la concurrence avec le G7. L’architecture actuelle des forces mondiales serait bousculée, et on assisterait à la montée en puissance de nouveaux réseaux économiques, comme les nouvelles routes de la soie portées par la Chine. Pour l’Union européenne, le défi devient d’autant plus tangible qu’elle doit repenser ses marges de manœuvre à l’aune de ces évolutions majeures.
Le terrain est mouvant, rien n’est figé. Les prochains élargissements ne viendront pas simplement grossir les rangs : ils pousseront le système mondial à revisiter ses équilibres et à écrire une nouvelle partition du pouvoir international.


